jeudi 19 septembre 2019

 

Bonjour Kôrô Président et que la paix de Dieu soit avec vous et avec votre peuple au lendemain de la démission de votre Premier ministre, celui par lequel notre pays a connu l’une des meilleures élections de l’ère démocratique du Mali, à un moment où personne n’y croyait et où toutes les supputations laissaient entrevoir l’imminence d’un coup d’Etat, celui qui enfin, a su se mettre au-dessus de la mêlée pour jouer pleinement son rôle de fusible en portant sur lui toutes les charges et décharges qui auraient dû vous emporter.

C’est par lui qu’on a oublié que ce grand marabout de Nioro ne vous portait pas dans son cœur, et que cet autre qui, par une coalition de certains partis de l’opposition, des mécontents de la société civile et des groupes de religieux, a réussi lui aussi à mobiliser des centaines de milliers de personnes pour dénoncer ce qu’ils ont appelé la mauvaise gouvernance et réclamer la tête du même Premier ministre.

Tout le monde était vent débout contre un homme dont la rigueur et la volonté de corriger beaucoup de nos vices de fonctionnement ne pouvaient seoir avec le pli qu’ont pris beaucoup de nos cadres et dirigeants politiques et religieux.
 L’école était en ébullition et cela n’a pas commencé du temps de cet homme qui a eu le tord de dire que l’Etat n’a pas les moyens de satisfaire toutes les revendications de nos couches socioprofessionnelles. Refuser de mentir est aussi et désormais condamnable dans notre pays.

Il a également décidé de retenir sur les salaires, le nombre de jours de grève des enseignants et autres fonctionnaires. C’est la loi qui le dit. Autant le droit de grève est reconnu par notre Loi fondamentale autant le gréviste sait et doit savoir renoncer au salaire du nombre de jours où il n’a pas travaillé pour l’Etat. On lui en veut pour cela aussi, c’est-à-dire pour avoir appliqué la loi.

Il a remplacé des directeurs des finances et du matériel (DFM) de beaucoup de départements ministériels. Il y a eu là aussi un lever de bouclier contre le pauvre Premier ministre.

Il a voulu remettre de l’ordre dans beaucoup de secteurs, ce qui a occasionné des coupes drastiques dans certains budgets. Il a refusé le laxisme de bon nombre de ses prédécesseurs quant à la gestion de l’exonération accordée à certaines personnalités du pays.

Il y a eu les massacres de Dioura qui ont culminé avec ceux d’Ogossagou et de Guiré, toutes choses qui ont constitué la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et exacerber davantage la haine viscérale de ses adversaires.

L’opposition ne lui a pas pardonné d’avoir réussi les élections et de lui avoir coupé l’herbe sous les pieds en prenant à témoin les observateurs nationaux et internationaux sur la transparence et la crédibilité de ces élections.

Et le parti au pouvoir, le RPM, ne lui avait jamais pardonné de lui avoir raflé la mise alors que de nombreux cadres de ce parti s’estimaient plus méritants que le président de l’Asma à assumer les fonctions de Premier ministre. Et chacun y allait de son savoir intellectuel ou occulte et de son savoir-faire pour détruire cet Homme trop gênant et trop dérangeant.

Soumeylou Boubèye Maïga a donc pesé de tout son poids sur le cœur de ces détracteurs qui étaient prêts à mettre le feu au pays si Kôrô Président n’acceptait pas de le laisser partir.

Imaginez ce qui aurait pu arriver à notre pays si cet autre vendredi du mois d’avril (mois de démission des PM au Mali) la motion de censure avait échoué ?

Que feraient les initiateurs de cette motion : des députés de l’opposition et certains de la majorité (chose rarissime dans l’histoire politique de l’humanité) et tout cela appuyé et soutenu par des franges de la Ligue des jeunes musulmans.

Nous ne serions pas très loin des scénarii algérien et soudanais, surtout qu’il avait été annoncé que tous les vendredis les populations allaient marcher contre le gouvernement dont elles obtiendraient sûrement la démission et plus tard celle du président de la République.

Et si ça devrait ressembler au “Printemps” algérien, beaucoup de ceux qui s’agitent aujourd’hui pour réclamer le changement seraient eux aussi forcés de démissionner ou de quitter la scène politique. Car on ne remplace pas le vieux par du vieux, et il allait y avoir un changement très, très profond dans la vie politique de notre pays et qui aurait épargné peu de cadres administratifs ou politiques.

Peut-être que cela aurait été la solution du problème malien ? En tous les cas, SBM a rendu le tablier et de la plus belle façon. Il n’a pas attendu que nos honorables se réunissent pour décider de son sort et pour l’humilier. Il s’en est allé en gentleman.

Kôrô Président, je vous avais toujours suggéré de ne jamais vous départir de votre Premier ministre. Je sais que vous y avez été contraint, car un homme de sa trempe ne se rencontre pas tous les jours et dans les arcanes des partis politiques.

Je sais aussi qu’à un certain moment vous avez choisi de démissionner s’il vous était imposé de vous débarrasser de lui et c’est lui-même qui, pour le Mali et pour sauver ce qui peut encore l’être, vous a obligé à rester pour éviter encore une fois une autre crise institutionnelle qui aurait, sans aucun doute plongé notre pays dans le chaos. Vous avez tous les deux choisi la voie de la raison, parce que quoique l’on dise vous êtes des patriotes et de vrais patriotes.

Merci d’avoir donc sauvé le Mali, notre patrimoine commun et il ne pouvait en être autrement.

Kôrô Président, vous avez désormais compris en face de qui vous êtes. La défiance au Premier ministre partant est la preuve que vous n’êtes à l’abri de rien et qu’à tout moment tout peut basculer.

Vous devrez donc Kôrô Président et compte tenu de la situation gravissime que connaît notre pays :

Procéder à des changements profonds dans l’attelage gouvernemental. Il est vrai que le poisson pourrit par la tête mais vous devrez incessamment apporter du sang neuf au nouveau gouvernement qui a besoin de se ré-souder autour d’un Premier ministre de consensus et capable de se transcender et de transcender les considérations politiques, familiales, amicales, sentimentales toutes choses qui ont phagocyté le libre choix et le bon choix des ministres de nos gouvernements précédents.

A cette phase de la vie de notre nation, nous n’avons pas besoin du beau-frère, du fils à tel ou tel, du secrétaire politique de tel ou tel parti ou du fils de la sœur de la mère de tel, etc.

Nous avons besoin de cadres compétents qui ne soient pas des “griots” du prince du Mandé et qui sont capables d’impulser le changement réclamé par le peuple.

Notre pays, avec ses presque vingt millions d’habitants regorge de ces cadres qui sont tapis à l’ombre parce que n’appartenant à aucune formation politique, ils sont occultés au profit des médiocres dont la seule valeur réside dans le nombre de fois qu’ils citent le Président dans leurs discours. Il faut que cela cesse.

Organiser sans le délai le forum national sur la situation du pays.

Faites parler toutes les composantes de votre peuple et sans exclusive sur ce qu’elles pensent de l’état de la nation. Elles vous donneront, j’en suis sûr la solution à nos problèmes.

N’en faites pas un forum de plus où les participants viendront rien que pour le per diem. Opérez-donc le bon choix des thèmes et des hommes.

Kôrô Président, ce forum est nécessaire parce qu’il balisera le chemin vers une réconciliation vraie et les décisions qui en sortiront engageront à coup sûr, l’ensemble des Maliens.

Faire valoir votre légitimité en acceptant d’être à l’écoute des Maliens de tout bord. Vous avez heureusement trois ans et huit mois pour remettre de l’ordre dans un pays de désordre, pour mettre votre jeunesse au travail, pour pacifier l’intégralité du territoire national, pour respecter les engagements que vous avez pris vis-à-vis des coopérations qui ont longtemps battu le pavé pour réclamer de meilleures conditions de travail et de vie et enfin vis-à-vis de la communauté internationale.

Le chantier de ce point de vue est vaste et périlleux. Mais comme vous allez engager tout le pays majorité, opposition et tous les autres à gérer avec vous, il est à espérer que la révision constitutionnelle, entre autres réformes, ne sera pas encore une fois l’occasion d’opposer les Maliens aux Maliens.

Cette révision constitutionnelle est obligatoire, incontournable pour aller vers une paix durable ou simplement pour bâtir un pays “vivable”. Cela, vous devrez le dire à vos concitoyens en un langage clair et sans détour.

Au moment où mon “papier” va paraître, vous auriez certainement déjà eu votre Premier ministre qui serait lui aussi en train de consulter les partis politiques, la société civile pour composer l’équipe gouvernementale.

Je souhaite donc que le Premier ministre qui sortira du chapeau du “magicien” puisse être à hauteur de mission et permettre à notre pays de connaître un peu d’accalmie.

Pour ma part, je lui souhaite beaucoup de plaisir et surtout beaucoup de courage à aller au-delà de ce qu’a pu faire son prédécesseur. Que Dieu l’y aide.

Et connaissant les Maliens, je crains fort qu’ils ne réclament un autre Premier Ministre dans les mois à venir, car en réalité, il ne s’agit pas d’un problème de gouvernance mais d’un problème de “tu ne mérites pas d’être là où tu es”.

Qu’Allah SWT sauve le Mali !

  Par Mamoutou Kéïta

  Producteur de spectacles
Source: Aujourd'hui-Mali

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