Politique

Violations de droits humains au Mali : La CNDH condamne, et interpelle les autorités

Aguibou Comme President CNDH

 

Arrestations arbitraires, enlèvements, extorsions de biens, exécutions extrajudiciaires, tueries massives, incendies criminels et vols de bétails, incendies de champs de cultures sont entre autres quelques-unes des violations de droits que connaît le Mali depuis bientôt dix ans. Depuis le départ, depuis 2012, les organisations de défense des droits humains se sont élevées contre ces exactions et les ont condamnées quelles qu’en soient les origines. Car autant les groupes armés terroristes, les milices armées, les bandits que les Forces armées maliennes ont été cités parmi les exécutants de ces violations.

 Après Farabougou qui a été coupé du reste du Mali pendant plusieurs mois, c’est au tour de Dinangourou d’être victime  d’un blocus des terroristes depuis le 02 mai 2021. Toutes ces violations de droits humains ont fait réagir une énième fois la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) qui « exprime sa vive préoccupation par rapport à la recrudescence de l’insécurité caractérisée par des atteintes à la vie, à l’intégrité physique et aux biens dans le Centre du pays notamment à Bandiagara Koro, Bankass dans la région de Mopti et à Dogofri, Farabougou, dans la région de Ségou, suite à de violents conflits intercommunautaires » dans un Communiqué daté du 07 juillet 2021. La CNDH dit suivre « avec gravité » la situation des droits de l’Homme au Mali.
Ce sont des milliers de personnes qui ont été les victimes collatérales de la guerre que livrent depuis une dizaine d’années les terroristes à l’État malien. Systématiquement, des hommes, parfois âgés, des femmes, parfois enceintes ou allaitantes, des jeunes gens, dont des enfants, sont les premières victimes d’une barbarie sans nom qui verse le sang d’innocentes populations dont le crime est de se trouver sur la route de ces sanguinaires dont certains se réclament d’un Islam inconnu au Mali. On ne compte plus les villages dont les habitants sans armes ont été froidement assassinés et tous leurs biens emportés ou incendiés. Fidèle à son engagement de défendre contre vents et marrées les populations dont les droits les plus fondamentaux sont bafoués et piétinés, la CNDH rappelle les autorités maliennes à leur devoir « à respecter et à faire respecter les droits fondamentaux de toute personne résidant sur le territoire Malien ». Ainsi la CNDH « - appelle l'attention de l’Etat sur sa responsabilité à protéger les droits à la sécurité, à l’intégrité physique  de toutes personnes résidant sur le territoire Malien; - invite le Gouvernement à tout mettre en œuvre aux fins d'une jouissance effective des droits ci-dessus rappelés ».

Si les groupes armés terroristes se caractérisent systématiquement par les violations les plus graves, les plus inhumaines sur les populations civiles parce que leur objectif fondamental c’est de terroriser les populations civiles, les organisations de défense des droits humains comme la CNDH, Amnesty International et les Nations Unies ont porté de graves accusations sur les Forces armées et de sécurités maliennes qui se seraient rendues coupables de graves violations des droits humains contre les populations civiles en termes d’arrestations arbitraires et d’exécutions extrajudiciaires, particulièrement sur les populations peules soupçonnées de connivence avec l’ennemi djihadiste. C’est pourquoi la CNDH soucieuse de ne point laisser prospérer l’impunité en matière de violation des droits humains « appelle le Gouvernement à lutter efficacement contre l’impunité en recherchant et traduisant en Justice les présumés auteurs, commanditaires et complices des violations des droits humains » sur le « fondement de la Loi fondamentale et de la Charte du Mali, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples, du Pacte international relatif aux Droits Civils et Politiques engageant l’État». Certes l’État du Mali s’attache à interpeller les terroristes coupables de violations de droits humains sur les populations civiles. Cependant des problèmes et des difficultés accompagnent malheureusement très souvent les actions tentées par la Justice malienne pour que l’impunité ne prospère pas dans le pays.

En effet il est très difficile pour la Justice malienne d’arrêter les terroristes particulièrement dans les zones hors de contrôle de l’État. En effet, une grande partie du Centre et du Nord du Mali échappe totalement à l’Administration et est occupée et contrôlée par les terroristes qui y appliquent la charia et rackettent les populations. Il est extrêmement difficile pour la Justice d’engager des poursuites judiciaires contre des terroristes dans des zones où l’Administration est totalement absente. Par ailleurs, les rares prisonniers aux mains de l’État sont parfois relâchés pour servir de monnaie de change. Ce fut le cas en octobre 2020 quand plus de 200 prisonniers terroristes ont recouvré la liberté en échange de la libération de Soumaïla Cissé et quatre autres prisonniers français et italiens. Aujourd’hui les principaux chefs djihadistes que sont Iyad Ag Ghali et Hamadou Kouffa sont pratiquement insaisissables alors qu’ils se cachent entre le Mali et la frontière d’Algérie.

Si « Pour la CNDH, la protection des droits de l’Homme est une responsabilité partagée », il est clair que l’État du Mali a pour sa part d’énormes difficultés à jouer son rôle. Car aussi longtemps que le Mali ne contrôlera pas la totalité de son territoire national, il sera très difficile de faire régner l’ordre et la justice. Les terroristes de haut niveau comme Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud et Ahmad Al Faqi Al Mahdi n’ont pu être jugés que par la Cour pénale internationale (CPI) après leur arrestation par les forces étrangères présentes au Mali. En effet, les juges antiterroristes maliens n’ont aucun moyen d’instruire les affaires de terrorisme car ne pouvant se transporter sur le terrain encore moins de trouver des témoins à charge dans des zones incontrôlables. La CNDH est dans son rôle de condamner et d’interpeller l’État du Mali mais l’inextricable situation des zones de combat rend sinon impossible du moins extrêmement difficile toute action de la Justice visant à punir les multiples violations des droits humains au Mali.

Diala Thiény Konaté

Malikilé

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