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L’ancien président sud-africain Jacob Zuma condamné à quinze mois de prison pour outrage à la justice

Zuma

 

Depuis 2018, une commission a été chargée d’enquêter sur la corruption généralisée qui aura émaillé les neuf années que M. Zuma a passées au pouvoir. Une quarantaine de témoignages ont pour l’heure été recueillis.

 

La Cour constitutionnelle sud-africaine a condamné, mardi 29 juin, l’ancien président Jacob Zuma à quinze mois de prison pour outrage à la justice après son refus de comparaître devant une commission anticorruption, lui ordonnant de se rendre dans « les cinq jours ».

 

« Ce genre de réticence et de défi est illégal et sera puni », a déclaré la juge Sisi Khampepe. « Je n’ai pas d’autre choix que d’emprisonner M. Zuma, dans l’espoir que cela envoie un message sans équivoque (…) l’Etat de droit et l’administration de la justice prévalent. » Saisie par une commission anticorruption, la plus haute juridiction a rendu ce verdict « à la majorité de ses membres », a précisé la magistrate.

 

La fondation Jacob Zuma « dénonce », mercredi dans un communiqué, un jugement « non conforme à notre Constitution ». Elle estime que les juges qui « ne sont pas au-dessus de la loi » ont « avantagé » une commission dont M. Zuma avait contesté la légitimité en l’accusant de « partialité ».

 

Zuma offusqué d’être traité comme un « accusé »

Depuis la création, en 2018, de la commission chargée d’enquêter sur la corruption généralisée pendant ses neuf années au pouvoir, M. Zuma, déjà mis en cause par une quarantaine de témoignages, multiplie les manœuvres pour éviter d’avoir à s’expliquer, empilant les recours ou faisant valoir son droit au silence.

Après une énième convocation à laquelle il ne s’est pas présenté, à la fin de février, la commission a réclamé une condamnation à deux ans de prison contre l’ancien chef d’Etat. L’ex-président cette fois-là avait non seulement ignoré la commission, mais aussi une décision rendue en janvier par la cour, l’obligeant à comparaître et le privant du droit à garder le silence.

 

Lors d’une audience virtuelle, en mars, l’avocat de la commission, Tembeka Ngcukaitobi, a estimé que la question n’était plus de savoir si l’ex-président devait aller en prison, mais « combien de temps il devait y rester ». Le statut d’ancien chef de l’Etat de M. Zuma « ne le protège pas de la loi », a-t-il martelé. Quelques semaines plus tard, dans une requête plutôt inhabituelle, la justice sud-africaine a demandé à l’ex-président de déterminer lui-même « la sanction appropriée », en prévision de l’audience de mardi.

 

Jacob Zuma, 79 ans, n’a témoigné qu’une seule fois devant la commission anticorruption, en juillet 2019. Il avait rapidement claqué la porte, s’offusquant d’être traité comme un « accusé ». Englué dans les scandales, il avait été poussé à la démission en 2018. Il a été remplacé par l’actuel président, Cyril Ramaphosa, qui a fait de la lutte contre la corruption un cheval de bataille… mais a lui-même été appelé à témoigner devant la commission en avril.

 

Seize chefs d’accusation

M. Zuma est également jugé pour une affaire de pots-de-vin remontant à plus de vingt ans en arrière. Il doit répondre de seize chefs d’accusation de fraude, de corruption et de racket, liés à l’achat, en 1999, de matériel militaire auprès de cinq sociétés d’armement européennes, alors qu’il était vice-président.

 

Jacob Zuma est ainsi accusé d’avoir empoché plus de quatre millions de rands (soit 235 000 euros au taux actuel) de la part de l’entreprise française Thales, qui était l’une des attributaires d’un contrat dont la valeur globale est évaluée à environ 2,8 milliards d’euros.

 

Le Monde avec AFP

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