vendredi 19 avril 2019

Après un mois de manifestations sans précédent, et des dernières pressions de l’armée, Abdelaziz Bouteflika met un terme à vingt années de pouvoir.

Après vingt ans au pouvoir et plus d’un mois d’une contestation populaire sans précédent, Abdelaziz Bouteflika démissionne. Le président de la République algérienne a informé le Conseil constitutionnel de sa démission « à compter d’aujourd’hui », ont annoncé les médias officiels algériens mardi 2 avril.

« J’ai honneur de vous notifier formellement ma décision de mettre fin au mandat que j’accomplis en qualité de président de la République, à partir de ce jour, mardi 26 Radjab 1440, correspondant au 2 avril 2019, écrit-il dans une lettre qu’il a adressée au Conseil constitutionnel, publiée par l’agence de presse algérienne officielle APS.

Cette décision que je prends en mon âme et conscience est destinée à contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement. »

Sous la pression de la rue, il avait déjà renoncé, en mars, à briguer un cinquième mandat et avait annoncé le report sine die de l’élection présidentielle normalement prévue ce mois-ci. Des annonces qui n’avaient pas suffi à calmer la contestation.

Quelques heures avant cette annonce, le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, avait demandé que soit « appliquée immédiatement » la procédure constitutionnelle permettant d’écarter le chef de l’Etat du pouvoir. Dans un communiqué, l’armée algérienne disait considérer comme non authentique le communiqué présidentiel du 1er avril annonçant la démission du président Abdelaziz Bouteflika avant la fin de son mandat, estimant qu’il n’émanait pas du chef de l’Etat mais « d’entités non constitutionnelles et non habilitées », sans plus de précisions.
« Protéger le peuple d’une poignée de personnes »

Le général Gaïd Salah, longtemps un fidèle du président Bouteflika, fustigeait ensuite « l’entêtement, la tergiversation et la sournoiserie de certains individus qui œuvrent à faire perdurer la crise et la rendre plus complexe ». Ces individus ont pour « seul souci la préservation de leurs intérêts personnels étroits », ajoutait-il, dans ce qui semble être une attaque contre l’entourage proche du président Bouteflika.

L’armée a pour « unique ambition » de « protéger le peuple d’une poignée de personnes qui s’est indûment accaparée des richesses du peuple algérien » et qui « à l’heure qu’il est (…) s’affaire » à fomenter « des plans douteux, tendant à déstabiliser le pays ». Le chef d’état-major des armées avait déjà réitéré samedi son appel à ce que le Conseil constitutionnel juge le président Bouteflika inapte à diriger le pays. Celui-ci, âgé de 82 ans, est rarement apparu en public depuis son accident vasculaire cérébral en 2013.

Le cadre de la future transition en Algérie après la démission du président Abdelaziz Bouteflika doit être fixé par les Algériens eux-mêmes, a déclaré mardi le département d’Etat américain. « Il revient aux Algériens de décider comment gérer cette transition en Algérie », a dit le porte-parole de la diplomatie américaine, Robert Palladino.

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