vendredi 14 décembre 2018

Il y a péril en la demeure à Baraouéli si les autorités ne prennent garde. En effet, depuis deux ans, le maire et le chef de village sont à couteaux tirés avec les populations. Ces dernières se battent pour préserver leurs champs, sur le point d’être morcelés et vendus.
C’est une vraie poudrière qui se cache derrière le calme apparent  qui règne dans la ville de Baraouéli. Les paysans, réunis en collectif, ont décidé de s’opposer au projet de morcellement de leurs terres. Pour eux, c’est une question de vie ou de mort car, il s’agit de défendre leurs moyens de subsistance. Abba Sylla dit Moriké, représentant les paysans, affirme qu’ils ont des problèmes avec le maire Cheickné Hamala Tounkara. Ce dernier, depuis son installation, se serait attelé à la spéculation foncière. Il a ainsi, selon M. Sylla, initié un projet de morcellement des champs de 53 paysans, sous le prétexte de vouloir valoriser les terrains de Baraouéli.
Si l’on en croit Moriké, l’année dernière, le maire a décidé de procéder au morcellement des champs concernés. Cela a même provoqué la mort d’un paysan des suites d’une crise cardiaque, après qu’il ait appris la décision. Mais, le maire avouerait ne pas agir seul.
Les paysans disent de leurs côtés ne pas vouloir de l’élargissement ou du développement de leur localité si la forme et la manière n’y sont pas. Toujours selon Abba Sylla, le maire, qu’il qualifie de «menteur de classe exceptionnelle», aurait raconté des contrevérités sur les antennes de radios, surtout quand il affirme que 90% des populations ont accepté son projet. Alors même qu’il n’en a parlé à personne. Et notre interlocuteur de rappeler que lors d’une tournée de l’ancien  ministre de l’Urbanisme et des Affaires foncières, Mohamed Aly Bathily, ce dernier a signifié au maire qu’il exagérait.
Le représentant des paysans de Baraouéli affirme aussi que le Préfet et le juge, saisis par leurs soins, se sont tous montrés étonnés que le maire ait fait cavalier seul dans un projet aussi important. Ces derniers auraient alors prôné le consensus avant d’autoriser les paysans à aller cultiver leurs champs. «C’est ainsi qu’on a cultivé l’année dernière», dit-il.
A leur grande surprise, explique Moriké, cette année, le maire a fixé les prix des parcelles et a mis des piquets. Il aurait même menacé les paysans de se rendre aux champs à leur risque et péril.
Amala Camara, un autre paysan de la ville, renchérit : «je suis la première victime de ce problème».  De son avis, le maire croit que le meilleur moyen, c’est la force. Et pire, que le pouvoir est un héritage qui leur donne, à lui et ses conseillers, tous les droits.
Et Camara d’enfoncer le clou en affirmant que le maire lui aurait proposé qu’une fois élu, il allait déposséder les paysans de leurs champs pour les lotir, et lui donner une partie en échange de son soutien.
Le paysan ajoute que le Préfet les avait rassurés que leurs champs faisaient partie du schéma de lotissement de la ville, mais qu’ils allaient être au préalable dédommagés à juste titre. «A ma grande surprise, ils sont venus envahir mon champ, contigu à celui du chef de village, qui est curieusement resté intact», affirme-t-il, tout en affirmant que les paysans ne resteront plus les bras croisés et regarder les politiciens vendre leurs champs pour s’enrichir.
Plus loin, il affirme que les députés de la localité, dont Mody N’diaye, sont complices du maire à cause de leur coloration politique  (parti URD).
Les paysans accusent le maire d’avoir vendu non seulement le marché de la ville aux plus offrants, mais aussi le contenu de la banque de céréales de la localité.
Toutes accusations que le maire, avec l’appui de son secrétaire général, balaient d’un revers de main. Cheickné Hamalla Tounkara, d’entrée de jeu, sur un ton à la limite agressif, s’étonne qu’on lui pose des questions. Il affirme n’avoir pas agi de son propre chef, mais plutôt sur instructions du chef de village et des notabilités qui, dès son élection, lui auraient demandé de trouver la solution pour désengorger la ville. Ainsi, il a demandé à l’Etat de lui céder des terres pour pouvoir recaser les populations. Selon lui, aujourd’hui, la population de Baraouéli et les ressortissants achètent des terrains à Fana ou à Marakoungo pour s’installer faute d’espace à Barouéli.
C’est ainsi que les services des domaines et des affaires foncières de Ségou ont mis à la disposition de la mairie le titre foncier des parcelles litigieuses. Sur les questions d’indemnisation, le maire affirme avoir averti les services des domaines de l’Etat d’y penser depuis qu’ils immatriculaient les terres. Mais cela n’a pas a été fait. L’édile reconnait aux paysans des droits coutumiers sur les parcelles en question.
Jugeant sa mesure  salvatrice pour le développement de Baraouéli, il affirme n’avoir jamais morcelé un lopin de terrain. A l’en croire, cela a été le fait de la Direction régionale de l’urbanisme de Ségou. Quant au prix, l’élu affirme que c’est le conseil communal qui a décidé de le fixer à 410 000 FCFA la parcelle. Toute chose que le conseiller communal, Sadio Traoré, contredit. Selon lui, c’est de façon unilatérale que le maire a décidé du morcèlement des terres et de la fixation du prix. Jamais le conseil communal n’a délibéré sur la question, raconte-t-il.
Le secrétaire général de la mairie de Baraouéli, Monsieur Sogodogo, indique que les parcelles ont été cédées à 250 000 F CFA l’unité à la mairie qui, à son tour, a injecté 60 000 FCFA au titre de l’aménagement et les différentes taxes dans le projet. « Donc, la mairie ne cherche qu’un bénéficie de 90 000 FCFA par parcelle », soutient-il.
Au regard du décret n°02-030/P-RM  du 30 janvier 2002 portant approbation du schéma d’aménagement et de l’urbanisme de la ville de Baraouéli et environs, l’aménagement devra avoir lieu entre 2001 et 2020 (article 1). En son  article 4, le même décret dispose que le présent schéma directeur fera l’objet d’études de plans de l’urbanisme sectoriel (PUS) et de plans de détails selon la programmation prévue dans le document. De notre constat, cela n’a jamais été fait. Car, le décret exige la mise en place d’une commission de suivi de l’application du schéma, dirigée par le maire et composée des représentants de l’administration, des services techniques, de la jeunesse, de la presse, et des notabilités coutumières et autres. Cette commission a pour mission d’informer et de sensibiliser sur les orientations et le programme du schéma directeur. Mais curieusement, cette commission n’a jamais vu le jour. Et le maire Tounkara dit ne pas savoir pourquoi, se cachant derrière son statut d’illettré. Alors même que la mairie a un secrétaire général.
Aussi, le décret prévoit-il la mise en œuvre du Schéma directeur en deux phases. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, la première phase qui consiste à l’information et à la sensibilisation n’a jamais été effectuée. Mais le maire veut quand même passer à  la phase 2 qui concerne le morcèlement.
Le chef de village, un octogénaire, avoue être à la base du projet. Il soutient qu’en 1982, les autorités l’ont dépouillé de ses terres. Aujourd’hui, si le même phénomène vient à se reproduire, il ne voit aucun problème tant qu’il s’agit du développement de la ville, poursuit le patriarche.  
Qu’à cela ne tienne, les paysans ont intenté un procès contre les décisions du maire pour d’abord la reconnaissance de leurs droits coutumiers et ensuite demander l’annulation pure et simple des différentes procédures en cours.
Au vu et au su des autorités, une situation explosive est en gestation. Les populations sont déterminées à défier le maire et les forces de l’ordre que ce dernier compte faire intervenir. En ce début de l’hivernage, les paysans s’apprêtent à cultiver leurs champs. Si le maire tente de les en empêcher, l’affrontement sera inévitable.
Pour sûr, il y a péril en la demeure, les autorités sont interpellées pour éviter le pire.
Dieu veille !
Harber MAIGA (Envoyé spécial)
 

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