vendredi 25 mai 2018
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Suspecté d’escroquerie par Moustaph Sidibé, pharmacien, le chef d’agence de la Banque Internationale pour le Mali (BIM SA) à Djélibougou, Abdoulaye Diarra a été jugé ce lundi 9 avril au Tribunal de Grande Instance de la Commune VI.

« Monsieur le président, madame le procureur, vous avez devant vous un homme dangereux, un Bernard Madoff, il faut l’enfermer tout de suite et maintenant », clame Me. Oumar Abacar Sidibé, avocat de la partie civile. Lundi 9 avril, Abdoulaye Diarra, chef d’agence de la Banque Internationale pour le Mali (BIM SA) à Djélibougou, est poursuivi pour escroquerie par Moustaph Sidibé, pharmacien de son état. Ce jour, la salle d’audience du Tribunal de Grande Instance de la Commune VI du District de Bamako est pleine de prévenus et de leurs proches.

« Diarra loge à Faladiè non loin de ma pharmacie. Il m’a approché et m’a proposé un prêt de 10 millions FCFA en vue de m’aider à développer mon entreprise. J’ai dit que je n’en avais pas besoin. Mais, il a insisté et j’ai fini par accepter sa proposition. J’ai ouvert  un compte et payé 200.000FCFA comme frais de dossiers sur ses instructions », a expliqué le plaignant, Moustaph Sidibé. C’était en septembre 2016.

L’opération de création du compte est suivie environ trois mois après, du versement des 10 millions FCFA de prêt bancaire.

« Je n’ai pas touché cet argent. Sur les 10 millions versés, Diarra a retiré 9, 5 millions FCFA et m’a informé ensuite qu’il avait urgemment besoin d’argent. Il a promis de les rembourser dans un bref délai » raconte, Moustaph Sidibé.

« Pour me rassurer, il a versé 229 millions FCFA dans mon compte», a-t-il ajouté.

« Excusez-moi, Moustaph. Mais je ne comprends pas. Vous n’avez pas besoin d’argent, vous dites. Mais quelqu’un vous propose un prêt, vous acceptez ?  Il met 229 millions dans votre compte, cela a  quel intérêt pour vous ? Avez-vous pris cet argent ?  », interroge le président de la cour.

« J’ai accepté le prêt parce qu’il a insisté. Il a fait plusieurs allers et venus  chez moi à la pharmacie. Il m’a rassuré que la BIM SA c’est lui et que je n’ai rien à craindre. Mais je n’ai pu toucher les 229 millions FCFA. Car le compte était verrouillé.  Il a retiré cette somme après  » répond Moustaph.

«  Notre client n’est pas un escroc»

« Monsieur le président, ce que Moustaph n’a pas dit, c’est qu’il était bien en difficulté. Et il avait besoin d’argent. Pour preuve, il a déjà contracté un prêt d’un million à la BIM SA, avant les 10 millions. Il l’a peut-être remboursé, certes mais il ne l’a jamais dit ici à la barre » réplique, Me Alhassane Sangaré,  avocat de la défense.

« Moustaph, avez-vous déjà ouvert un compte dans d’autres banques ? », demande Me Sangaré.

« Oui. J’ai un compte à la Banque Of Africa et à ORABANK », répond Moustaph. « Avez-vous payé des frais pour l’ouverture de ces comptes?», interroge l’avocat.

« Non, j’ai juste fourni les dossiers nécessaires», répond le plaignant.

« Moustaph, vous vous faites prendre de l’argent dans votre compte. Vous connaissez votre escroc. Depuis 2016, c’est maintenant que vous réagissez ? » demande Me. Sangaré.

« Diarra m’a toujours supplié de ne rien faire. Et m’a rassuré qu’il va régler le problème. Je suis issu d’une grande famille, je suis très sociable, je ne veux faire du mal à personne» rétorque le plaignant.

« Cet homme utilise des astuces insidieuses et déloyales pour escroquer de paisibles citoyens. Il venait acheter des médicaments dans la pharmacie de mon client et prenait des renseignements sur lui. Il est venu vers lui. Et il s’est présenté comme  un super banquier. Il accorde des prêts, il soutire après les sous à l’insu du propriétaire du compte. Où est la déontologie du banquier où est la morale ? Monsieur le président, madame le procureur, vous avez suffisamment de preuves pour infliger une peine exemplaire à cet escroc. Les gens sont venus massivement de Faladiè pour que le droit soit dit » plaide Me. Oumar Abacar Sidibé, l’avocat du plaignant.

Et s’interroge : «depuis quand un banquier se déplace pour aller remettre un chéquier à un client ? Pour quelle fin ?  ».

D’après le plaignant,  Abdoulaye Diarra a retiré à son insu des chèques dans son chéquier. Et, il retirait de l’argent avec, dans son compte ,en imitant sa signature.

Sur la base des dossiers fournis à charge contre Abdoulaye Diarra, le ministère public a demandé au juge de  reconnaître l’accusé coupable et de le punir conformément à la loi.

« Monsieur le président, notre client n’est pas un escroc. Il est innocent. Le jugement doit être fait sur la base des pièces et non des suppositions. On parle des talons de chèque. Mais la question c’est : Qui a retiré l’argent ? Qu’on nous le dise. A présent, il n’y a aucune preuve contre notre client. Je ne savais pas que le ministère public n’a pas bien suivi les débats » défend, Me Moctar Mariko.

« Les  229 millions FCFA dont parle Moustaph, c’est un chèque envoyé de la Banque Of Africa (BOA) à la BIM SA au nom de sa pharmacie. Mais le chèque est sans provision. Cela est un délit. Ensuite regardez bien, la signature sur la plainte adressée au procureur et la signature sur le chèque. Elles sont identiques. C’est bien la signature de Moustaph», déclare, un autre avocat de la défense.

« Ce chèque n’est pas daté et la signature a été imitée » réplique, l’avocat de la partie civile.

Après plus de 4 heures de débat le président de la cour a donné rendez-vous aux deux parties le jeudi prochain pour livrer son verdict.

Lassina NIANGALY

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