mercredi 26 septembre 2018

 

Pour tenter de recoller un tant soit peu les morceaux découlant de la déchirure occasionnée par l’élection présidentielle, le président de la République, estiment nombre d’observateurs, doit se considérer comme un chef d’orchestre d’une transition politique. En formant « un gouvernement de large ouverture » pour stabiliser le… bateau Mali.

« À mon jeune frère, Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition républicaine, je voudrais tendre la main. Après la bataille électorale, il y a les retrouvailles. Car pour bâtir un avenir de tous les possibles, le Mali doit pouvoir compter sur toutes ses filles et tous ses fils. Chacun aura sa place. La République n’exclura personne. J’en serai le garant. » Par ces propos tenus après la proclamation des résultats définitifs du second tour de l’élection présidentielle, IBK exprimait une volonté forte de rassembler les forces politiques au chevet du pays. Il semble que c’est aussi le souhait exprimé par les partenaires du pays.

Pour certaines chancelleries occidentales, le Mali a aujourd’hui plus que jamais besoin de la majorité de ses ressources sociopolitiques en vue de lutter efficacement contre les forces occultes qui menacent de la déstabiliser. Avec des ressorts et expertises dispersés au sein de la classe politique, le pays peut rapidement venir à bout des velléités identitaires nourrissant les affrontements inter et intracommunautaires dans le centre du pays et dans d’autres zones du vaste territoire. C’est ce que semble indiquer le président de la République au sortir de la prière de la Tabaski à la Grande mosquée de Bamako, le 21 août dernier, appelant le peuple malien à l’union sacrée. «Je pense que le Mali est un pays de fraternité, et Allah nous a donné le cousinage à plaisanterie qui est une ingénierie sociale pour nous unir dans notre diversité culturelle. Les 24 candidats sont autant de frères et de sœur pour moi. Quand je suis rentré dans la salle hier, pour prononcer ma déclaration, j’étais heureux de voir certains d’entre eux parmi nous. Jamais je ne prends en haine quelqu’un, je ne peux pas. Donc, je dis encore une fois que chacun est appelé au chevet du Mali, chacun d’entre nous. Seuls, nous ne pouvons pas, ce n’est pas entre nos seules mains, ayons tous pitié de ce pays et donnons-nous la main pour le bâtir ensemble. ». Des propos qui sonnent comme un aveu des difficultés auxquelles la gouvernance a été confrontée durant son premier quinquennat. Mais il s’agit aussi d’un rassemblement des forces politiques pouvant faire baisser la tension de la contestation électorale…

Associer l’opposition à la gouvernance ?

On en déduit qu’IBK a la volonté d’associer d’autres cadres politiques non issus de son parti, le RPM et des technocrates à la conduite des affaires publiques en vue d’insuffler à son second mandat plus de dynamisme et de chance de succès. Ce qui le fera rappeler la sagesse relative à la jarre trouée du roi Guézo du Bénin.

« Si tous les fils du royaume venaient par leurs mains assemblées boucher les trous de la jarre percée, le royaume serait sauvé. Nous sommes aujourd’hui au Mali devant cette jarre qui est percée. Elle a besoin de nos mains. Que nous venions assembler nos mains pour faire en sorte que le Mali avance ! Le temps de l’amertume électorale doit être de courte durée. Le Mali a besoin qu’on aille rapidement à l’essentiel. J’en appelle à chacun, l’élection est un temps, le temps d’une parenthèse, mais qui doit être la plus courte possible. Le Mali attend, les chantiers sont là et chacun de ceux-là a compétence à aider à faire avancer le Mali. Il ne s’agit pas de venir aider IBK, car IBK passe, il s’agit de venir aider le Mali, le Mali éternel », a plaidé IBK. Non sans avoir rendu hommage « à tous nos partenaires qui ont eu souci de nous accompagner depuis le début ».

Cet appel à l’union sera-t-il entendu du côté de l’opposition ? On peut en faire un pari. D’autant plus que dans son message de vœu de la tabaski, le chef de file de l’opposition, l’honorable Soumaïla Cissé mettait aussi l’accent sur les retrouvailles autour du Mali. « La commémoration du sacrifice du patriarche Abraham à travers la grande fête de la Communauté musulmane est par essence une occasion de retrouvailles dans nos sociétés. Retrouvailles entre parents, amis, voisins et proches de tous bords. C’est l’occasion par excellence d’un resserrement de liens dans la symbolique de solidarité de cette fête. Les vœux que je formule, en cette circonstance, sont donc plus que jamais des vœux d’union pour un Mali déterminé à restaurer l’espoir. C’est en cela que notre pays retrouvera ses valeurs fondamentales de droiture et d’équité », a-t-il écrit.

Pour sa part, dans un communiqué rendu publica la semaine dernière, le « Parti YELEMA le changement » de l’ex-Premier ministre Moussa Mara invite l’ensemble des Maliens à prendre conscience de l’importance des défis auxquels notre pays fait face et y consacrer leur Energie ». Une sorte d’appel à un dépassement de soi à un dépassement des contingences politiques dans l’intérêt du pays.

Mieux faire face au terrorisme

Du côté de Paris, le ton est aussi à l’appel au rassemblement. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, que l’on disait en froid avec Koulouba avant la présidentielle 2018, a appelé mardi les Maliens à « l’union et à la réconciliation nationale » face au « défi » du terrorisme après la réélection du président Ibrahim Boubacar Keïta.« Cette élection marque une étape essentielle dans la stabilisation et le redressement politique et économique du Mali, qui fait toujours face aux défis du terrorisme, de l’insécurité et du développement, dont la gravité appelle à présent d’urgence à l’union et à la réconciliation nationale », a-t-il souligné dans un communiqué.

Pour leur part, les USA appellent les autorités maliennes à faire rapidement face aux « grands défis auxquels le Mali est confronté en matière de terrorisme, promouvoir le développement et mettre en œuvre intégralement et rapidement l’Accord d’Alger pour la Paix et la Réconciliation au Mali ». Ce qui semble encore imposer à Bamako une nécessaire convergence des forces puisque c’est l’union qui fait la force et permet la diligence souhaitée.

Bruno D. SEGBEDJI

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